samedi 30 juin 2007
Fermeture annuelle du 4 au 30 juillet
Vive les vacances ! - Sirokipik - concours #2
Vu que je finis de bosser mardi 3 à 17h, que j'ai un concert le soir, que je pars le lendemain, pas aux aurores mais presque, et que d'ici là je n'aurai pas le temps de poster quoique ce soit, je le fais maintenant , tant que j'ai encore 5 minutes de libre (quand je dis 5 minutes , je suis large...)
Alors voilà... je vais vous laisser quelques temps...... oh! pas troooop longtemps, juste un petit mois, le temps que j'arpente l'est de la France .. et je reviens...
Je vais aller faire un tour dans un pays inconnu encore de moi...
Je vais aller vérifier si là-bas, les cigognes font encore leurs nids sur les toits des maisons....
Sur le chemin de l'aller et du retour, (chemins de traverse, parce qu'on n'aime pas trop les autoroutes avec julatilu), je vais visiter les paysages de certains d'entre vous.... à qui je penserai trés fort...
Donc à partir du 4 juillet et pendant un petit mois, Tilu est en vadrouille loin de la technologie informatique.... Elle espère vous retrouver début août....
Bises à tous , à bientôt...
PS: Vous en faites pas , j'ai pas oublié les pulls et les K-way.... ;-)
..... Mais non, j'me moque pas!!
mardi 26 juin 2007
la magie de l'eau

S'il y a un coin que j'adore dans mon jardin, c'est le bassin. C'est un tout petit bassin que Julatilu a creusé il y a trois ans et que je me suis amusée à paysager... 

Nous y avons trouvé quelques jours après sa mise en eau une grenouille qui depuis ne l'a plus quitté. C'est la reine du site. Les deux filsatilu l'ont baptisée kiki (désolée, Kiki) et elle règne sur les nénuphars... L'hiver elle disparait dans les profondeurs et au printemps elle ressurgit pour se prélasser au soleil en guettant de son oeil fixe et impassible la moindre petite chose volante qui pourrait passer à portée de sa langue, qu'elle est capable de déployer en un éclair pour capturer les malheureuses imprudentes... Elle est terrible ,Kiki... .jpg)
Les insectes sont aussi attirés par l'eau , ceux qui s'y reproduisent d'abord, moustiques ( merci kiki de veiller à ce qu'ils ne pullulent pas) et libellules bleues ,jaunes, rouges , brunes...un vrai festival.... Le bassin a même attiré l'an dernier un essaim d'abeilles qui est venu s'accrocher
dans un buisson tout proche.... L'apiculteur qui est venu le récupérer (spectacle fascinant que je décrirais peut être un jour ici) m'a affirmé que c'était sans doute la proximité de l'eau qui avait déterminé le choix de la reine des abeilles pour se fixer là...
samedi 23 juin 2007
Fin de classe


réparer les livres qui en ont besoin ( ils servent beaucoup ,énormément, les livres dans ma
classe) , à ranger les jeux, retrouver les pièces manquantes qui ont atterri (on se demande bien par quel miracle) dans la boite d'un autre jeu,à rendre les cahiers, à ramasser les dernières salades de notre potager et à les manger (quoique celles là ,on les distribuera aux mamans et papas qui veulent (on en a un peu marre de manger de la salade ,même si c'est nous qui l'avons semée) , à vérifier l'arrosage automatique, pour être sur que nos citrouilles bourguignones ne capoteront pas pendant l'été provençal , etc... "Vous comprenez , mon fils ne compte que jusqu'à 8 , et pourtant je le fais compter tous les soirs, vous pensez que c'est normal?"
Et moi de répondre :
" Normal de le faire compter tous les soirs ? pas du tout madame...Il faut faire quelque chose, et en premier lieu, vous allez un peu le laisser tranquille, c'est les vacances."
Là , souvent ça détend l'atmosphère tout de suite... Ensuite , il faut prendre son temps et expliquer.... que compter ça veut dire quelque chose... En principe, dans la vie, quand on compte, c'est parce qu'on a besoin de compter.
On peut compter ses sous (ça, c'est trés souvent dans la vie, qu'on compte ses sous, surtout quand on n'en a pas beaucoup), on peut compter les kilomètres quand on roule en voiture, on peut compter le nombre de votants à une élection, on peut compter le nombre de jours qu'il reste avant de retrouver son amoureux, on peut compter le nombre de sucres qu'on met dans son café, y'en a même qui comptent combien de fois ils emploient la lettre W dans leurs blog.
Et quand on est un enfant , on peut compter ses cases quand on joue aux petits chevaux, on peut compter des parts de gateaux quand on organise un goûter, on peut compter les billes qu'on a gagnées au petit voisin, on peut compter combien de jours il reste avant de partir chez papimamie, on peut même compter combien la chatte a fait de chatons....
Et donc apprendre à compter ça se fait tout doucement en même temps qu'on vit et plus on rencontre de vraies situations de la vraie vie où on a besoin de compter et plus vite on saura...
Et puis malgré tout, si ça ne rentre pas tout de suite, c'est que ça n'est pas encore prêt à être intégré, si tout le reste, à côté de ça, va bien ;il n'y a aucune raison de s'inquiéter....
Dans ces moments de discussion avec certains parents , j'essaie de leur redonner confiance en leur gamin, c'est tellement important pour un enfant de sentir que ses parents(comme son instit d'ailleurs) ont confiance en lui...
La fin de l'année scolaire , c'est aussi beaucoup de sentiments mélés.. La fatigue d'abord, nerveuse et physique, mais surtout nerveuse. On arrive en fin de batterie, les accus sont morts. Mais on est content du chemin parcouru, quand on prend un peu de recul et qu'on regarde sa classe fonctionner comme si on était un observateur extérieur, on s'aperçoit des progrés effectués par tous ces petits bouts. On se souvient du mois de septembre et tout à coup , on les trouve tous drôlement grands et autonomes et capables... Et alors , là , à l'interieur de nous, malgré la fatigue on est content .
Le dernier jour est toujours le plus terrible... je n' aime vraiment pas le dernier jour et en particulier entre 16h 20 et 16h 30, l'heure de la sortie du dernier jour de classe de l'année. Quand les enfants un aprés l'autre viennent me faire un bisou un peu plus appuyé que d'habitude, en me serrant un peu plus avec leurs petits bras de rien du tout, et qu'ils me disent "Bonnes vacances maîtresse!" J'ai toujours un peu une tite boule au creux de l'estomac de les voir s'envoler... oh! ils ne vont pas trés loin, puisqu'en septembre ils n'auront traversé que la cour pour se retrouver dans la classe des grands, mais... ils ne seront plus mes élèves....Ce jour là arrive dans dix jours, le 3 juillet... Je compte les jours qui m'en séparent. Tiens, lundi je les ferai compter à Thomas peut être qu'alors, il arrivera à passer sa limite fatidique du 8...

vendredi 22 juin 2007
jamais deux sans trois
La consigne accompagnée de cette photo était la suivante:
Et si on changeait carrément de registre pour cette nouvelle consigne?
Allez, on y va...

Une phrase obligatoire se retrouvera soit comme incipit, soit comme dernière phrase, à vous de choisir:
"Excuse-moi, c'est une erreur..."
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photo de Nicola Ranaldi
.
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Jamais deux sans trois
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- Excuse moi, c’est une erreur, Bon Dieu !
- C’est à moi que tu t’adresses Adam ?
- Oui … excuse moi, c’est à toi… excuse moi…
- Hé bien, qu’est-ce qui est une erreur ?
- C’est au sujet d’Eve, Bon Dieu, que tu m’as envoyée…
- Oui, et alors, elle ne te plait pas ?
- Si, si, au contraire, Bon Dieu, mais…..
- Mais quoi ?! Allez, dis moi, je n’ai pas que ça à faire moi, rester là, à écouter tes réclamations ! Qu’est ce qui ne va pas ?
- Elle n’a que deux seins…
- Oui, ben c’est bien deux seins, non ?
- Ou…oui, c’est pas mal, mais c’est tellement doux, on ne pourrait pas en avoir ...en avoir au moins un de plus…
- un de plus ? Non, mais ça va pas bien Adam, et où tu veux que je le mette ? Au milieu du front ?
- Heu… non, je sais pas moi, au dessus du nombril par exemple...
- N’importe quoi ! Tu n’es pas dans ton état normal, toi… De toutes façons, tu n’as que deux mains… alors je ne vois pas à quoi ça t’avancerait, hein ?
- j’ai des idées… pour le troisième même avec les deux mains déjà occupées sur les deux prem…
- RRHHOOO ! Mais tais toi donc… va prendre une bonne douche froide, ça te remettra les idées en place… Ève a deux seins, et puis c’est tout… c’est mon œuvre et pas la tienne… Zut ! Soit déjà heureux qu’elle en ait deux… Et puis file, trêve de balivernes ! Je ne veux plus t’entendre à ce sujet !... Ah ! Une dernière chose, Adam… Arrête les pommes pendant un petit moment… je pense que c’est plus raisonnable pour toi… ça te fait du mal…
samedi 16 juin 2007
ksssi,ksssi
Jeudi , j'étais en sortie avec ma classe, Nous sommes descendus de notre chaîne de l'Etoile pour aller faire un tour dans la campagne martégale...Martigues est une jolie petite ville posée entre la mer et l'étang de Berre, nous y avons visité une ferme pédagogique et fait du poney, et a midi nous avons pique-niqué dans un immense parc sous les pins...
La troupe bruyante et agitée a débarqué dans ce joli endroit , et après avoir posé ses fesses au sol, s'être installé et découvert dans son sac toutes les merveilles que Maman ou Papa avait préparé pour ce repas campagnard, les petites mandibules se sont mises en action et petit à petit le calme est tombé sur la troupe toute occupée à grignoter son sandwich....C'est alors que s'est produit, le petit miracle qui se produit chaque année et qui allume le coeur de tout provençal, petit ou grand...
Un petit grésillement s'est fait entendre, d'abord assez lointain, qu'on aurait pu confondre avec n'importe quel bruit de la nature, un son constant , sans variation mais timidement, de plus en plus fort.
Et puis le timide Yann a levé ses beaux yeux bleus de sa salade de riz , a cherché les miens et m'a dit d'une toute petite voix :
"Maîtresse, tu entends? c'est l'été aujourd'hui"....Monsieur Maxime-qui-sait-toujours-tout et qui a entendu la voix de Yann mais pas le petit grésillement derrière lui lance de sa grosse voix:
" Pfeu! N'importe quoi! l'été c'est pas encore maintenant, l'été c'est le 21 juin!... Pfeu! n'importe quoi lui..."
Yann devient tout rouge et replonge ses yeux dans sa salade ... Je vais m'asseoir à côté de lui et je lui dis:
"Tu penses que c'est l'été ,Yann? Pourquoi ça? "
" Parce que j'entends ce bruit , là (et il pointe son petit doigt vers le sommet du pin au pied du quel nous sommes assis), tu l'entends toi aussi maîtresse? "
" Oh oui! je l'entends , je l'entends Yann et depuis qu'on est entré dans la pinède, c'est la première chose que j'ai entendue... Tu sais ce que c'est alors si tu dis ça?
" oui, c'est un bébé cigale qui chante...."
Maxime-qui-sait-tout reprend de plus belle avec sa grosse voix:
"Pfeu! ça fait même pas comme ça les cigales! les cigales ça fait comme ça : " kssi kssi kssi kssi" je le sais moi..."
Du coup ,après ce cri du coeur fortissimo, le grésillement a cessé....
J'interviens:
"Maxime, je crois que ta grosse voix a fait peur à notre petite amie là haut sur la branche, et je crois bien que Yann ne dit pas de bêtises et que tu parles un peu trop vite... parle moins fort et écoute un peu ...."
Du coup toute la classe a arrêté sa mastication et ses bavardages, le silence est roi pour un moment, et tous les petits yeux sont rivés vers le haut de l'arbre... Il ne se passe rien pendant quelques longues secondes, puis tout doucement , le grésillement reprend et tout d'un coup la chanson commence.... exactement comme l'a décrit Maxime.... kssi kssi kssi kssi kssi....
Les visages s'illuminent, c'est bien la première cigale de l'année que l'on entend chanter là... Petit moment magique , ou les yeux s'écarquillent, et les sourires s'éclairent ...
Pour tout petit provençal, le chant des cigales... c'est une bonne nouvelle... synonyme de vacances bientôt, de bains de mer ou de piscine, de longues soirées à jouer dehors..... de bon temps....
Ce drôle d'insecte prend ses quartiers d'été, après un très long séjour sous la terre où il a vécu pendant 4 à 6 ans (suivant les espèces). Quand la température lui semble assez chaude, la cigale encore en tenue de nymphe va sortir de terre et grimper sur le premier support qu'elle rencontre. Là, elle va accomplir sa métamorphose, quitter sa carapace nymphoïde (qui va rester accrochée là où elle s'est transformée) et s'en extirper pour déployer ses ailes diaphanes et devenir cigale à part entière...Elle passera le reste de sa vie (et il ne lui en reste plus beaucoup à ce moment là, 1 mois ou 2..) à atteindre son objectif unique...se reproduire... Pour cela le mâle joue de la cymbale tant qu'il peut pour se faire remarquer et attirer madame.... et c'est sous le chant d'amour des cigales que nous passons l'été dans le sud.
Ce petit animal , s'il n'est pas difficile à entendre n'est pas trés visible, il se tient sur les branches et les troncs d'arbres où il se nourrit de la sève, et est de la même couleur que l'écorce. Il a aussi le réflexe de se taire quand on approche,
et en plus, il est rarement à hauteur d'objectif d'appareil photo (surtout du mien qui ne suis pas bien haute)... Mais j'ai réussi à en mettre quelques unes en boîte tout de même...
Une chose est sure, elles sont en avance cette année, d'habitude on ne les entend qu'àprés le 21 juin. La terre assouplie par l'eau tombée ce printemps aura peut être facilité la sortie de ces demoiselles et messieurs les musiciens de nos étés.
Il ne me reste plus ,de retour à l'école, qu'à expliquer comment vit une cigale.... et pour ça il ne me reste plus que quinze jours..... Pour moi aussi, cette petite musique cigalienne est synonyme de repos ...bientôt...
lundi 11 juin 2007
Le chevalier et la princesse

Le samedi, c’est plus tranquille. Il y a moins de monde et des fois on voit un peu maman. Et le dimanche c’est encore mieux, y’a personne et on peut rester avec maman.
Sinon, les autres jours, ça n’arrête pas. Tous ces monsieurs qui viennent dans la caravane. Y’en a des gentils qui nous donnent des bonbons mais des fois y’en a des méchants qui crient et qui tapent…
Nous, avec Titi, on n’a pas le droit d’entrer… que le soir pour manger et aller au lit, alors on joue dehors. Sous la table, avec la nappe, on s’est fait une cabane, c’est notre château !
Titi, il dit qu’il est le chevalier de la table carrée et qu’il va sauver maman et qu’il l’emmènera à la mer sur sa moto brillante.
Moi, je suis une princesse et je m’amuse à faire la cuisine avec de l’herbe et de la terre dans les boites de zharicots vides et même que je fais plein du manger et que quand on a fini, on n’a plus faim…
On s’amuse bien avec Titi. Des fois, on joue aux quilles avec les bouteilles vides . Y’en a des tas sous la caravane. Mais maman, elle aime pas, elle dit que le bruit, ça lui fait mal à la tête.
Quand il pleut, on va voir la télé dans la caravane de Gigi.
Gigi, c’est la copine de maman, elle travaille la nuit, elle fait le ménage dans la grande tour à côté du « Leclerc ».
Elle est gentille Gigi, mais elle fait un peu peur à Titi parce qu’il lui manque deux dents. Titi, il dit qu’elle rit troué comme une sorcière.
Et puis elle nous fait plein de bisous et des fois elle nous serre très fort, et des fois elle pleure en nous disant que ça ira mieux demain… Pourquoi, elle dit ça ? Ça va déjà bien… on est content avec Titi….
vendredi 8 juin 2007
bon, ben , voilà..
N'empêche que je suis un peu tristounette... alors pour me remonter le moral, m'en vas écouter de la zique que j'aime et regarder des belles images .... je vous fais partager :
Les King's Singers ....sont trop forts...font ce qu'ils veulent avec leur voix..... et sous leurs airs anglais coincés.... sont plein d'humour...so british...
Si vous avez une bonne carte son ,ou un bon ampli ,et des bonnes baffles (et des voisins pas trop collés :-) ) poussez donc un peu le son pour écouter ça...
Bon , ça c'est beau mais y'a aussi ça....
Et tout ça à Capella......C'est pas génial?
Ils chantent aussi du classique, du jazz, enfin tout ce qui leur tombe sous la main ou les cordes vocales ....
(à la fin des vidéos vous pouvez cliquer sur les petites vignettes du bas de l'écran pour avoir un échantillon de la diversité de leur répertoire ..je vous recommande le "Kodaly" "Esti dal" ..une tite merveille)
Un conseil, s'ils passent pas loin de chez vous , allez les voir, ils viennent de temps en temps en France, c'est le genre de concert où l'émotion pure vous rentre par les oreilles et vous fait frémir jusqu'au bout des ongles et des cheveux...
dimanche 3 juin 2007
Delerm... Le nom du père, du fils...
Et bien moi , j’ai un auteur Bingo, je pense avoir lu au moins 90% de ce qu’il a publié et je peux dire que j’aime tout…. Que ce soient les nouvelles , les romans , la poésie , la littérature jeunesse, les essais, les textes courts… Je me retrouve complètement dans ce qu’il écrit…Il s’agit de Philippe Delerm… Je l’ai découvert il y a une dizaine d’années à travers la lecture de son premier livre connu « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ». Ce livre est un recueil de textes décrivant les tout petits bonheurs de la vie… des petits instants du quotidien qu’on affectionne particulièrement… Delerm les décrit avec une exactitude et une sensibilité telle, que j’ai vraiment eu l’impression en le lisant qu’il avait lu dans mes pensées pour écrire… Je lis et je me dis, c’est exactement ça… il décrit les détails qui font le plaisir de l’instant, dans son éphémère et sa fragilité, dans tout ce qui nous touche, dans tout ce qui parle à nos sens… allez, va, je vous en sers un tit extrait :
Ce n'est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c'est cette espèce de flottement ouaté que l'on éprouve en entrant dans la salle. Le film n'est pas commencé ; une lumière d'aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu'on s'assoie, ni même qu'on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. En même temps, le parallélisme, l'orientation vers l'écran mêlent l'adhésion collective au plaisir égoïste.
Le partage s'arrête là, ou presque. Que saura-t-on de ce géant désinvolte qui lit encore son journal, trois rangs devant? [...]
L'obscurité se fait, l’autel s'allume. On va flotter, poisson de l'air, oiseau de l'eau. Le corps va s'engourdir, et l'on devient campagne anglaise, avenue de New York ou pluie de Brest. On est la vie, la mort, l'amour, la guerre, noyé dans l'entonnoir d'un pinceau de lumière où la poussière danse. Quand le mot fin s'inscrit, on reste prostré, en apnée. Puis la lumière insupportable se rallume. Il faut se déplier alors dans le coton, et s'ébrouer vers la sortie en somnambule. Surtout ne pas laisser tomber tout de suite les mots qui vont casser, juger, noter. Sur la moquette vertigineuse, attendre patiemment que le géant au journal soit passé devant. Cosmonaute pataud, garder quelques secondes cette étrange apesanteur.
Philippe DELERM, La première gorgée de bière, 1997
J’ai été conquise et j’ai petit à petit lu tout ce qu’il a écrit avant et tout ce qu’il a publié depuis. Et dans tous ses écrits , même s’il ne sont pas du même genre, s’il sont romans ou nouvelles, je retrouve cette sensibilité qui parle et qui colle à la mienne … Il est donc devenu mon auteur « bingo ».
Il a une tendresse particulière pour la nature, pour les pays scandinaves, pour leurs peintres tout comme moi. Je sens son univers proche du mien.
Et en plus, ce qui ne gâche rien au tableau, il est entouré de gens qui me touchent aussi :
Tout d’abord sa femme Martine Delerm , auteur- illustrateur de livres jeunesse et photographe (j’adore son « œil ») avec qui il a collaboré pour deux ouvrages « Fragiles » et « Paris l’instant » dans lesquels les textes de l’un répondent et se reflètent dans les illustrations de l’autre ( aquarelles ou photos)… une belle complicité. 
Et puis, tout le monde le connaît maintenant, son fiston, Vincent Delerm un auteur compositeur interprète de talent de cette nouvelle génération de chanteur à textes pour qui j’ai aussi une tendresse particulière … je l’ai vu en concert, c’était vraiment une super soirée…
Bref toute cette petite famille me plait bien, je ne peux que vous conseiller la lecture des uns et l’écoute de l’autre…
Le bonheur
Je ne suis pas funambule. J'avance pas à pas. Je ne sais rien des jours, je glisse sur un fil, au loin je ne vois pas. Si je regarde en bas c'est le vertige, je ne regarde pas. Je risque à chaque pas et j'avance, docile. A chaque risque le bonheur est là. J'avance vers moi; le bout du fil n'existe pas.
Philippe Delerm, Fragiles , 2001


