En haut de "ma" colline, celle qui domine, qui protège et crée le décor de mon village, il y a une grande barre blanche.
Une barre ici, c'est un à-pic rocheux, une falaise de calcaire plus ou moins longue et plus ou moins haute, caractéristique des collines de par ici.
En provençal on dit un "baoù".

Cette barre a la particularité d'être trouée ...Vue d'en bas on aperçoit au pied de la falaise une ouverture dans la roche, comme un nid de choucas...

De là lui vient son nom de "Baoù traouca" ( "falaise trouée" en occitan).
Il parait inaccessible donc... tentant de l'atteindre....
Me voilà donc partie....
J'ai du quitter le chemin , d'abord large. Pour prendre la bonne direction, j'ai pris un sentier abrupt au milieu des buissons . Puis il a fallu terminer le parcours en coupant à travers les éboulis, la garrigue et les bosquets enchevêtrés de chênes verts.... un brin d'escalade et me voilà au pied de la grande porte de pierre....

Ce n'est pas vraiment une grotte en fait... Il s'agit plutôt d'un abri sous roche. Bel abri tout de même qui a dû sûrement être habité par des hommes d'un autre temps ou des fées d'un autre monde...
L'eau y suinte par une fissure dans le fond, mais c'est vrai qu'on est en hiver, d'ici deux ou trois mois il y fera sec comme partout autour.
Pour l'instant, le peu de terre que l'on trouve entre les cailloux est encore un peu humide, et la garrigue est silencieuse d'odeurs, elle qui est si riche en parfums dès que le soleil est assez chaud pour faire transpirer les thyms, suer les romarins, s'évaporer les lavandes, et exhaler les térébinthes....
Dans la grotte je lève les yeux vers la voûte, elle est tapissée de lierre, un chêne monte la garde devant l'immense porte fenêtre...
Ce n'est pas un quatre étoile niveau confort mais la vue est imprenable... et du fond de la baume ou je me suis assise sur un fauteuil de calcaire, j'aperçois par l'ouverture un morceau de mon pays qui me sourit de toute sa Sainte Victoire...

Alors , je ressors sur le pas de porte et j' admire le paysage dans son entier....
Le Pays Aixois s'étale devant moi avec dans le fond tout au loin les Alpilles, le Ventoux, le massif du Luberon, et puis de l'autre côté encore plus loin ,les premiers plis des alpes encore blancs de neige.... Quelle merveille!.... et puis là à mes pieds mon village, perché sur son "puech " et puis le toit de ma maison, là , tout petit....
Et me voilà à penser comme la chèvre de monsieur Seguin...
" Que c'est petit! Comment ai-je pu tenir là-dedans? "
Pauvrette! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que le monde. (Alphonse DAUDET)
Cette fois-ci encore, j'ai eu plus de chance que Blanquette, je n'ai pas rencontré le loup... et puis.... j'ai fini par redescendre chez moi....
même si je suis tellement bien là-haut dans "ma" colline....
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Un petit rajout de soirée pour ceusse qui croiyent pas qu'on voit le Ventoux depuis MA colline...
aque les esplications..... y'a qu'à cliquer et on y voit mieux... :-D