Le soleil était bleu et le ciel éclatant... ou peut-être était-ce le contraire, je ne saurais vous dire.Il faisait froid dans l'ombre et doux dans la lumière. Je marchais le long du chemin, celui qui n'a pas de fin, celui qui longe le lac et part on ne sait où.
L'eau était calme et verte , si verte...
Comme a son habitude , mon esprit vagabondait de ci, de là. J'essayais par moment, de le rappeler, de le ramener à moi, mais lâché dans la nature , mon esprit est comme un jeune chiot désobéissant , il ne fait que ce qui lui plait et il me fallait des trésors de patience pour rassembler toutes mes idées qu'il se faisait une joie d'éparpiller partout.
Il laissait les unes accrochées aux épines des églantiers, les autres cachées entre les
touffes d'herbes folles grillées par l'hiver, d'autres encore flottant à la surface du lac, perdues dans les reflets des grands arbres de la rives opposée.Je m'efforçais de toutes les rassembler lorsque je l'aperçus...
Là, en plein milieu du chemin, lumineux, coloré de feu et d'or, tranquillement posé sur un caillou blanc. Il s'étalait, prenait ses aises, banalement, comme si de rien n'était, tout naturellement, comme si il était normal qu'il se trouve là, non seulement en plein milieu de mon chemin, mais aussi en plein milieu du mois de février.

Du coup , je m'étais arrêtée. Toutes mes idées éparpillées s'étaient rassemblées soudain pour n'en former plus qu'une seule qui, intriguée, s'approcha du phénomène.
Il bougeait lentement ses ailes, donc il était bien vivant: Un papillon, MON premier papillon de l'année 2008 était posé là , devant mois alors que nous étions en plein hiver!...
La magie ou le rêve régnaient-ils en ces lieux?.........
Mon esprit enfin rassemblé eut juste le temps de s'accrocher à l'animal et celui-ci prit son vol. En quelques coups d'ailes , il se retrouva au faîte d'un genêt qui poussait les pieds dans l'eau. Puis il reprit son vol et se lança au dessus du lac, tantôt frôlant la surface, tantôt s'élevant, par saccade vers les rayons bleus du soleil.
J'essayais de le suivre des yeux, de loin... C'est que je ne voulais pas perdre mon esprit qui était en train de jouer aux montagnes russes à califourchon sur ce papillon!
J'accélérais le pas en ne le quittant pas des yeux quand il disparut dans l'encadrement d'une fenêtre.
Une fenêtre? Ici? En pleine nature? au-dessus du lac? Je devais surement rêver, pourtant il me semblait que non...
Mais comment réfléchir? Mon esprit, toutes mes pensées s'étaient envolées sur le dos de ce papillon qui venait de s'enfuir par une fenêtre ouverte...
En observant mieux, il se trouvait que quelqu'un regardait par la fenêtre, se penchait même au dehors...
Un arbre, c'était un arbre qui contemplait le paysage par la fenêtre grande ouverte!!!
Que guettait il? Attendait il quelqu'un? Allait il fermer la fenêtre maintenant que le papillon était entré?
Mais... et mon esprit alors? Allait-il rester prisonnier lui aussi?
Je m'aperçus avec difficulté (car il est très difficile de se concentrer et d'observer les choses quand on a perdu l'esprit) que la fenêtre que je fixais depuis un moment était celle d'un château.
Un château... posé sur l'eau verte du lac.... si verte...
L'arbre en était sans aucun doute le seigneur, il n'était d'ailleurs pas seul à vivre en ces murs... derrière chaque fenêtre on pouvait apercevoir un ou plusieurs de ses compagnons .
Ce château des arbres et des courants d'air était-il en train d'émerger ou de sombrer? ou flottait-il à la surface comme un radeau?
En m'approchant d'avantage encore, toujours à la recherche de mes pensées disparues, je crus voir sur les murs ,les traces d'un incendie. Les pierres étaient noires ,comme calcinées et le toit avait disparu.Les seigneurs actuels du lieux vivaient donc aux quatres vents et aux assauts de la pluie et du soleil, ce qui semblait bien leur réussir.
Mais j'avais perdu l'esprit, et il fallait que je retrouve ce satané papillon qui l'avait entrainé avec lui..
Je décidais donc d'entrer dans le château. Je n'y connaissais personne c'était peut être dangereux mais je n'avais pas le choix. Et puis les arbres sont plutôt pacifiques d'habitude...
Il fallait que je retrouve mes idées, coûte que coûte!
Ne trouvant pas de porte, je décidais de rentrer par une fenêtre, n'allais-je pas passer pour une voleuse?

Une fois à l'intérieur , mon regard fit le tour du propriétaire à la recherche des 2 petites ailes de feu, mais il n'aperçut que le bleu du ciel par les fenêtres du haut et le vert de l'eau par les fenêtres du bas.
Les arbres, seigneurs du lieu, restaient là, stoïques et impassibles, pas troublés pour deux sous par mon intrusion. Une ronce, qui régnait en maîtresse du sol , me fit quand même signe du bout de ses épines en me caressant le mollet. En voilà des manières! En me retournant vers elle, je m'aperçus qu'elle retenait mon esprit prisonnier, et du coup mon attention aussi , là, entre ses branches.
Le papillon avait fui mais mes pensées étaient restées accrochées dans l'entrelac acéré.
Non sans mal , je les récupérais et je remis mes idées en place. J'y voyais soudain plus clair. Il ne me restait plus qu'à quitter ce lieu au plus vite avant qu'elles ne s'échappent de nouveau...
De retour sur le chemin je m'éloignais lentement , presque à regret , mais il le fallait, je grimpai vers la route.
Ce n'est qu'une fois arrivée là-haut que je me retournai et que je pus admirer, l'esprit enfin sage, les vestiges de ce château innondé suite à la construction d'un barrage dans les années 50 sur le cours du Dadou.
Les restes fantômes de ce beau bâtiment étaient les ruines du château de Grandval construit au XVe siècle.... Il semblait flotter comme un mirage sur le lac de Rassisse...
Mais je sentais déjà mes pensées s'évader de nouveau.... (elles sont vraiment intenables....)

N'était-ce point la silhouette d'Anne D'Orval que j'apercevais derrière les fenêtres du dernier étage?... Et les chevaux des hommes de Clément qui piaffaient dans la cour?

19 commentaires:
Merci pour cette jolie balade matinale, Tilu, et bonne journée ;-)
Heu dis donc Tilu, faut qu't'arrêtes de fumer des substances illicites !
;-D
Quelle drôle de bâtisse étrange ! Quel drôle de papillon résistant ! Quelle drôle de promenade Alissopaydémerveilleées ....!
(j'ai rien mis dans mon café, hein) C'est étrange de lire et de voir ça, surtout un lundi matin ! (et que sera le mardi ?!?! et le mercredi ?!?!.... Houlala....)
Kiki :-)
Belle ballade ... je reviendrais !
Quel plaisir de suivre tes pensées capricieuses!
Merci pour la visite. Marcie pour le voyage.
Tilu a retrouvé ses mots!!!!!
Bbmjf,
450 kaf ! fpqjt!
Beau blond maintenant je fuis,
450 kilomètres à faire ! Faut plutôt que je trace !
?
Magnifiquement onirique... superbe balade!
Et, même avant que tu le mentionnes, j'ai pensé au château d'Anne d'Orval... ;-)
Un peu de féérie, un peu de rêven un peu de nature...et ...un papillon!
Merveilleux sont tes mots Tilu!
Merci pour cette toute douce et très belle balade....très belle.
Fred, avec plaisir..
Mme Dek, le pire c'est que je fume rien :-D
Kiki, ben pas grnad chose cette semaine pour cause d'éloignement de mon ordi... mais bientot ...Tan dan...
Don jerry can, c'est quand tu veux..
Ekwe, oui, un peu fatigant des fois.. :-)
Val, c'est pas encore ça..mais ça vient..
Le peintre, Vous y étiez presque, traduction: bon, ben moi je file, 450km à faire, faut pas que je traine...bravo!
Ondine, on est quand même un peu imprégné par cette histoire, pas vrai?
Coum, c'est gentil...merci
Magnifique!!!
Il y a vraiment de la magie la ou tu vis...
Tu es une fée...
A l'âge que j'ai, il m'est évidemment impossible de me rappeler qui m'a amené chez vous.
Mais, depuis, je l'en remercie chaque jour.
Janeczka, là c'est pas où je vis , c'est là où vivent mes parents..mais tu as raison pour la magie du lieu
Caro, ..ça me plairait bien...
Walrus, ça me touche beaucoup ce que vous me dites..merci à vous...
Délicieuse histoire, à la recherche de ton esprit, dans ce beau chateau déserté et romantique...
Les photos... Servent bien ton histoire.
Le papillon, en plus, c'est un Robert-le diable !! Quelle chance d'en voir un en cette saison !
A bientôt, n'hésite pas à laisser ton esprit vagabonder... C'est un régal.
Merci Lau pour le nom du papillon.. ça m'évitera de chercher ;-)
Superbe ballade. Tu as un réel talent... pour écrire mais aussi pour rêver. Mais que serait écrire si l'on ne savait pas rêver... et que deviendrait le rêve si l'écriture n'était pas là pour l'aider à s'envoler vers les autres.
J'apprécie beaucoup le clin d'oeil vers Anne d'Orval... et je l'apprécie doublement. D'abord parce que je suis content que tu aies pensé à elle dans ta ballade. Ensuite, pour une coïncidence "toponymique" que je trouve amusante : mon roman est en effet situé à proximité de la Truyère, une rivière qui traverse le sud du Cantal ; cela n'a donc rien à voir avec le Château de Grandval que tu as visité et qui est dans le Tarn, si j'ai bien compris. Pourtant, la Truyère forme aussi un lac, au bord duquel se dresse les ruines d'un château médiéval. Et ce lac existe depuis la construction, à la fin des années cinquante, d'un barrage : le barrage de Grandval.
Très touchée aussi par ce que tu me dis Seb, et quelle drôle de coïncidence tout de même...
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