Il y a 1 semaine
mardi 20 mai 2008
L'ai-je fée?
Ce dimanche matin, dans le grand pré qui s'ouvre devant la maison des amis chez qui j'étais en visite, fidèle à mes habitudes, je suis allée faire quelques clichés de la flore , si belle et offerte à cette période de l'année.
Après avoir pris quelques photos, je me suis allongée dans la prairie, face au ciel bleu profond, le dos dans la moiteur fraiche, au milieu de ce brouillon de couleurs de fleurs des champs. Dans l'air flottait des parfums de verdure, menthe poivrée, fenouil sauvage, herbe foulée... J'étais bien... j'ai fermé les yeux pour goûter ce moment et regarder le soleil à travers mes paupières....
Au bout de quelques secondes, j'ai entendu un son continu, fin, très aigu, .... mais aussi très énergique... Je n'ai d'abord pas très bien compris ce que c'était , au début, je pensais à un vol d'insecte , vous savez ce bruit que font les moustiques quand ils vous tournent autour la nuit... Et puis petit à petit, j'ai commencé à percevoir des mots au milieu de cette petite alarme .... et puis soudain ce fut plus net, on aurait dit une voix, une toute petite , toute petite voix mi agacée, mi rieuse, qui parlait, qui me parlait ....
Mon prénom n'est pas Jeanne et je ne suis pas bergère, j'étais donc très amusée par le phénomène qui me faisait interpréter le vol d'un insecte comme des mots et des phrases qui prenaient sens....
Que disait cette voix? ...Elle avait l'air un peu en colère... elle me parlait de travail gâché, de repassage à refaire, de chapeaux fragiles, de centaines d'heures de haute couture... de sans gêne, d'irrespect du travail d'autrui.... C'était drôle d'entendre tout ça dans le vol d'un moustique... Jusqu'au moment où j'entendis cette phrase clairement énoncée:
-ET TU POURRAIS OUVRIR LES YEUX ET ME REGARDER QUAND JE TE PARLE!
J'ai donc ouvert un oeil, incrédule... puis deux.... J'ai redressé un peu la tête , grimaçant, éblouie par la clarté du soleil de midi... et j'ai tourné la tête vers la droite dans la direction d'où venait ce murmure colérique...
Quand j'ai eu passé ma main sur mes yeux, et que ma vue s'est adaptée à cette lumière éblouissante, j'ai aperçu quelquechose qui m'a laissée interdite....
Perchée sur mon appareil photo que j'avais posé à côté de moi dans l'herbe, se tenait , les bras croisés et le sourcil froncé une drôle de petite créature toute fine, qui paraissait d'une fragilité extrême mais qui en même temps dégageait une force incroyable... Cette toute petite personne, haute comme mon pouce était vétue d'une tunique rose pâle, froncée à la taille , ses jambes étaient de couleur verte sans que j'ai l'impression qu'elle porte un collant. elle était coiffée , retourné sur sa tête, d'un grand liseron rose de Provence en guise de bonnet, et du creux de ses omoplates partaient deux grandes ailes diaphanes et nervurées...
- Eh bien c'est pas trop tôt! enfin une ébauche de réaction, tu es sourde ou quoi?!
Cette petite chose parlait.... Ce petit insecte à forme humaine s'adressait à moi en bon français !Et je n'ai su quoi lui répondre. Je devais avoir un air ahuri et crétin, les yeux en soucoupe à café, et la bouche bée...
La petite chose dut me prendre pour la benête du coin parce qu'elle continua plus calmement en articulant bien, comme si elle parlait à une personne un peu simple d'esprit...
- Oui , tu vois ..tu viens de t'allonger sur notre usine à chapeaux.... tu comprends cha-peaux? Et tu es en train de tous les écraser? C'est beaucoup de travail pour nous tu sais?
Je jetais alors un coup d"oeil circulaire autour de moi...Je m'étais en effet étendue sur un parterre de liserons sauvages comme on en voit au printemps par ici fleurir dans les prairies sèches ou sur les talus de bord de chemin.
D'un bond je fus sur mes pieds, si j'avais pu me percher sur un tabouret pour ne plus toucher le sol et risquer d'écraser tous ces minuscules couvre-chefs je l'aurais fait...
- Merci! c'est gentil ,m'a alors lancé la petite chose rose et ailée avec un salut de la main, je vais voir comment je peux réparer les dégats!
Et en un clin d'oeil, elle prit son envol et disparut dans un rayon de soleil...
Je n'avais pas dit un mot.... il faut dire que je n'ai encore jamais discuté de ma vie ni avec une libellule ni avec un liseron, et cette petite chose ressemblait un peu au mélange des deux... Et puis je ne suis pas folle quand même... Les fées, ça n'existe pas...
N'empêche que depuis dimanche j'ai du mal à marcher au milieu du petit bout de prairie de mon jardin, autrement que sur la pointe des pieds.... Imaginez un peu toutes les robes en feuilles de pissenlit, et tous les corsages en corolle de coquelicot, et tous les bonnets en fleur de dames d'onze heures, que je risque de froisser en les piétinant...
Ce serait dommage ,tout ce travail gaspillé....
Je n'ai pas pu prendre la petite créature en photo puisqu'elle se tenait juste sur mon appareil ,alors je l'ai croquée rapidement avant que son image disparaisse aussi de mon esprit..
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20 commentaires:
Elle a les même collants et les mêmes chaussures que Peter Pan ;-)
(sinon madame Tilu, il faut arrêter de fumer les liserons, c'est pas bon pour les neurones ! ;-)))
Mme Dek, :-D je t'attendais au tournant, je pensais que tu allais me demander si c'était avant ou après l'apéro.. :-D....
Merveillissimeux !!! Belle plume et joli coup de crayon...
On a un nouveau point commun, alors ? Moi aussi je croise parfois une fée ou un lutin. Hier j'ai eu une discussion avec une sauterelle et mes ancolies regorgent de petites fées : elles ont coutume de faire de leurs fleurs des bonnets de nuit...
Mes fées à moi sont de brumes vêtues... Et ont de minces bras blancs, la nuit.
Les tiennes ont l'air plus joyeuses!
Encore une lointaine cousine!
C'est pour ca que je ne m'allonge que dans l'herbe... les fleurs, c'est plus delicat...
c'était une bien jolie histoire. une histoire de l'infiniment petit qui fait tourner le monde :)
tu en as de la chance!
Après ces semaines de silence entrecoupé de belles images, voici une belle histoire, fruit de toutes cette réflexion... C'est les fées des beaux jours ?
Oh, Tilu, c'est trop mignon :D .
Au fait je t'ai mis une phrase rien que pour ton texte sur mon blog. pour une fée...
Sandrine, c'est vrai que l'ancolie, c'est très adapté comme bonnet de nuit...
Caro, il y en a de toutes sortes ,à vrai dire, elles changent selon l'humeur du jour..
Janeczka,Dans l'herbe!! Malheureuse, et le plantain, et la fol avoine, et l'arabette, et le séneçons, et l'herbe-à-robert... tout ça sert surement à quelquechose!!!
Tidoigts, le petit peuple de la prairie me guette! ;-)
Sammy, oui c'est exactement ça :-D
Val, :-)
Caro ,je file voir ça....
Eh ! Les amis, savez-vous, j'ai parlé à quelqu'un qui a parlé avec une fée !
C'est une peu comme si j'avais parlé avec une fée, par procuration...
j'adore..j'adore..j'adore...j'adore...
Quelle merveille ce texte, Tilu
Papistache, l'homme qui a vu l'homme qui avu l'homme qui a vu l'ours... ah non, c'est une fée cette fois-ci....
Coum, merci,merci,merci! :-)
Un vrai moment de bonheur ton texte !
pssst .. c'était moi la libellule !!! shhhhh et avec ma baguette magique , je t'ai redonné la parole ! :-)
et je vois que ça a super bien marché ! je suis contente.
:-)))))))
même si mon chapeau est un peu froissé maintenant.
La prairie est un monde surtout en mai: on ne peut y faire des galipettes et n'importe quoi, un monde bruissant, un monde bourdonnant, sans parler des folles avoines, des houques laineuses, des fleurs, parfois des orchidées....
Bien belle et édifiante histoire que tu nous conte-là. Merci.
C'est bien triste cette histoire d'usine à chapeaux écrasée... Peut être sommes nous aussi les infiniments petits de quelqu'un. Mais quel est donc le géant inconscient qui a secoué la Chine et renversé son arrosoir sur la malaisie ?
Bien amicalement, Ludion libre.
Merci Brigou!
Sonatine, ben mince alors.. t'avais pas reconnue..8-0
Pierre , ah! les orchidées , des amies à moi aussi..j'en parlais l'an dernier déjà...
Ludion, vous savez que c'est une vision qui me traverse souvent l'esprit?
Quelle ravissante rencontre, je m'y voyais comme si c'était moi qui étais couchée dans l'herbe. Merci pour ce moment si léger et si bien écrit.
Je ne vais plus oser mettre les pieds dans l'herbe folle du jardin.
Merci à vous Calliprune! quel joli pseudo!
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