mardi 21 septembre 2010

Tatie Kléber

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Elle s'appelait Joséphine, mais je ne l'ai su que tard, quand j'ai eu l' âge de poser des questions devant une situation qui ne me paraissait pas logique.  En fait, elle s'appelait Joséphine C....  mais chez moi on l'appelait Madame Kléber comme on le faisait à une époque où on appelait les dames par le prénom de leur mari.  Madame Kléber était ma nounou.
Dans les années 60, les crèches n'étaient pas très répandues et la seule solution pour deux parents qui travaillaient était de confier leur bébé, dans la journée, à une gardienne jusqu'à l'âge d'entrée à la maternelle. Ma nounou était donc Mme Kléber et elle venait me garder à domicile.
Dès que j'ai su babiller 3 mots, je l'ai appelée "Tatie". C'était Ma tatie.
  Du plus loin que je m'en souvienne je l'ai toujours connue avec des cheveux complètement blancs. Je me souviens aussi de son visage, bienveillant et souriant. Je me souviens encore ,ce qui pourrait paraitre curieux, de ses joues, ridées mais douces... douces. Sans doute les ai-je caressées souvent de mes petites mains de bébé. Je me souviens de sa voix et de son accent qui s'appuyait sur les "R" sans les rouler vraiment mais en les faisant chanter comme le font les gens de l'Ariège d'où elle était originaire. Je ne lui ai jamais donné d'âge, je ne me suis même jamais posé la question de ce qu'il pouvait être. Pour moi elle était intemporelle et éternelle.Je me souviens de son regard amusé et émouvant quand elle veillait sur mes exploits de petit enfant.

Ma tatie était très importante pour moi, c'était ma nounou mais elle me faisait aussi office de grand-mère . Non pas que je n'eusse pas de grands-mères véritables, mais les miennes étaient géographiquement très éloignées, à plus de 900 km, dans cette lointaine Picardie que je ne visitais qu'une fois par an et où je ne restais qu'une semaine.
Mes grand-mères étaient des grand-mères de sang, alors que ma tatie était ma grand-mère de coeur.  J'allais même parfois passer le dimanche chez elle quand mes parents avaient prévu une sortie que ni mes petites jambes ni mon intérêt d'enfant n'auraient apprécié.  Les dimanches chez elle sont plein de souvenirs  de petits bonheurs simples et  forts en même temps. Là-bas je m'appelais "moustique", c'était le surnom que son grand fils m'avait donné, et ça me plaisait bien.
Et puis j'ai grandi, j'ai fini par aller à l'école un peu à contre cœur, mais il fallait bien.
Ma tatie continuait à s'occuper de la maison et je la voyais encore presque quotidiennement . Puis quelques années plus tard ,elle a pris sa retraite. J'ai gardé jusqu'à la fin de sa vie une relation privilégiée avec elle j'allais régulièrement lui rendre visite, j'aimais bien parler avec elle de tout et de rien , elle ne jugeait jamais, elle m'encourageait toujours. 
Quand elle a tiré sa révérence (j'étais à la fac à cette époque) elle a emporté avec elle mes habits de gosse, le cocon de ma chrysalide  mais elle m'a laissé au cœur tout ce qu'elle avait profondément contribué à y graver et qui fait le fond de ma personne encore aujourd'hui :
La sensation du bonheur candide de l'enfance,  le gout chocolaté du nounours à la guimauve qu'elle m'offrait quand on allait chercher le pain à la boulangerie, la simplicité et la qualité de son regard sur le petit moustique que j'étais, la douceur de ses gestes, la sécurité de ma main dans la sienne, le plaisir de rire, de jouer, d'apprendre même de toutes petites choses, l'odeur savon à la rose du creux de son cou  , la capacité de rêvasser sans d'autres soucis, la confiance, et...mon premier ours en peluche offert pour ma première année.

Me reste un regret.... celui que mes enfants ne l'aient pas connue...



8 commentaires:

Walrus a dit…

Nous la remercions donc d'avoir aidé à produire cette Tilu que nous apprécions tant.

madame de K a dit…

Joli et émouvant portrait !

papistache a dit…

Je ne soupçonnais pas l'étendue de la mémoire d'un petit moustique du delta du Rhône ; c'est dengue !

Peut-être vos grands-mères Picardes furent-elles les madames Kléber de quelques petits mosquitos du nord ?

MAP a dit…

Comme c'est doux et tendre ! Comme on l'aime à travers tes mots Madame Kléber !

caro_carito a dit…

c'est doux...

Il faut écrire pour transmettre, c'est ce que je viens de faire pour les brigands tout cet été

Sandrine a dit…

ah, une grand mère... Ma Tilu, tu as l'art de faire venir les larmes au coeur et aux yeux...
Je n'ai qu'une seule photo de ma mémère et je me demande toujours ce que j'aurais bien pu devenir sans son amour... Moi je ne l'ai pas accompagnée jusqu'au bout, je n'ai pas eu le droit et j'obéissais encore du bas de mes 27 ans, la peur au ventre, c'est mon plus gros regret, celui qui fait que je ne veux plus jamais en avoir, celui qui a fait sans doute je n'ai plus jamais voulu avoir peur...

Fred Cokenpat a dit…

Très joli portrait, Tilu. La douceur de ta Tatie Kléber transparait dans tes mots...

Je ne connaissais pas cette habitude d'appeler les femmes avec le prénom de leur mari en guise de nom... La place de la femme a évolué depuis, tant mieux ;-)

Teb a dit…

Je ne me souviens plus de mes nounous.... trop petite sans doute.
Mais ma "Mémère" avait pris le relais, et elle, je m'en souviens bien... et je lui dois beaucoup !!!